Ikkō Tanaka : Entre passé et futur, orient et occident.

Ikkō Tanaka : Entre passé et futur, orient et occident.



Ikkō Tanaka : Entre passé et futur, orient et occident.



Ikkō Tanaka est sans aucun doute le designer graphique qui a le plus marqué son temps sur l’archipel japonais. Il a passé les 25 premières années de sa vie entre Nara (une cité ancienne, ex capitale, où les temples pullulent, où il est né en 1930), Kyoto et Osaka, baignant dans une atmosphère très traditionaliste. Après un diplôme de l’école des Beaux-Arts de Kyōto en 1950, il débute sa carrière à Osaka comme designer textile puis graphiste pour le journal Sankei Shimbun. Puis, il rejoint le Sankei Paper Group (une organisation influente dans sa carrière de designer professionnel). En I954 , à l'âge de 24 ans, Tanaka Ikkō a remporté le prix du design industriel du journal Maidici. Il rejoint ensuite le Japan Advertising Artists Club (JAAC) où il reçoit le prix des membres, célébré par ses pairs, l’établissant comme l’un des plus grands graphistes japonais. Il déménage ensuite à Tokyo en 1957, où il fut pris d’enthousiasme pour le jazz moderne et sut marier avec brio les éléments de l’héritage culturel national et le design contemporain, axant nombre de ses affiches et illustrations de presse sur les pièces de théâtre traditionnelles du nô et du bunraku. Aucune contradiction, mais une parfaite fusion, entre tradition et modernité, entre sérénité, innocence et rythme endiablé d’une vie moderne, entre art et consumérisme. Son œuvre présente un contraste marqué entre l’abstraction élégante, obtenue au terme d’un processus de simplification et à travers la vitalité d’un seul jet, et le caractère terre à terre de la représentation. Puissantes, ses compositions graphiques, distillent la culture japonaise avec des procédés très contemporains, des formes géométriques simples et colorées, largement inspirées par l’esthétique géométrique et minimale du courant Bauhaus, ainsi que de l’école traditionnelle d’illustration Rimpa (18e siècle). La simplicité de l’art japonais est le résultat d’un patient travail de condensation, visant à atteindre une forme d’accomplissement spirituel qui n’est pas forcément entièrement traduisible en l’image. «Les arts japonais visent à permettre de faire l'expérience de la spiritualité - quelque chose qui ne pourrait jamais être capturé par la forme - en s'efforçant d'éliminer tout ce qui est inutile et superflu, en aidant à la compréhension de l'essence de la pensée.», dit-il. Tanaka considérait la simplicité non pas comme l'absence des choses, mais comme un espace représentant une multitude de choses et d'idées. Tanaka aborde ainsi tous les domaines du design, jusqu’à l’aménagement de l’environnement, en restant fidèle à son style direct et assez laconique. Son processus créatif a également été influencé par la cérémonie du thé traditionnelle. C’est l’essence même de la beauté pure et simple, à travers une préparation minutieuse. Son souci du détail est ancré dans la tradition et l'approche rationnelle est évidente dans son travail. En tant que spectateurs, nous sommes invités à participer à sa présentation de la culture japonaise.

Le Japon, détruit par la Seconde Guerre mondiale, entame une formidable transformation peu après son terme. C’est le premier pays “consumériste” et “moderne” (d’un point de vue occidental, entendons-nous) d'Asie seulement quinze ans après la fin de la guerre. Une grande partie de cette transformation a été alimentée par les progrès technologiques dans les transports et l'énergie. Pendant cette période, l'identité culturelle de la nation évolue aussi et un rejet de la culture japonaise traditionnelle naît, on imite un mode de vie plus occidental. Le graphisme, en particulier, a contribué à promouvoir ce mode de vie.
Avant la Seconde Guerre mondiale, il n'y avait pas de distinction entre l'art et le design dans la culture japonaise, mais après-guerre, il s’ancre pas à pas, très inspiré par le design occidental, dans les publicités. Le plus prolifique de tous ces créateurs est sans nul doute Tanaka. Son travail de conception graphique est typiquement japonais, mais il séduira également rapidement un public occidental plus large et reste toujours d'actualité. Comment parvient-il à réconcilier dans le processus de design de tels facteurs, opposés en apparence ? Probablement parce qu’ils conditionnent aussi sa personnalité et son mode de vie et qu’il a appris à les maîtriser d’instinct.

Tout d’abord, son œuvre est une combinaison entre modernisme et tradition. Même si visuellement il est souvent assimilé à un art purement contemporain, très vibrant, sa philosophie est plus subtile et propose un jeu de contrastes entre tradition et modernité, d’une intelligence remarquable. Sur le plan technique, ses supports artistiques et les matériaux utilisés sont en ligne avec les technologies de pointe les plus avancées. Mais il sait manier l’art du « en même temps » et inclue souvent d’ancestrales techniques artistiques japonaises, comme par exemple la peinture à la feuille d'or. Par ailleurs, si l’on étudie son œuvre en se plaçant sur une grille de lecture plus figurative, ce monde saturé de couleurs, presque hallucinogène, l’on s’aperçoit que l'iconographie bouddhiste et les héros d'anime partagent la scène et fusionnent. Elle présentent aussi de multiples références, allant de de peintres traditionnels, comme Ogata Korîn, à des réalisateurs modernes, comme Stanley Kubrick.

À Tokyo, il fondera vite son propre studio de design (Tanaka Design Studio).
Son affiche pour la troupe de danse Nihon Buyo, dans laquelle il a représenté une forme abstraite de geisha, composée uniquement de quelques formes géométriques simples et épurées, est sans aucun doute l’une de ses réalisations les plus célèbres. Il remet le couvert pour son affiche de 1958 pour le 5ème Sankei Kanze Noh avec d’une geisha réalisée de quelques coups de pinceaux, prenant forme en quelques blocs colorés. Tanaka travaillera également pour le comité d’organisation des Jeux olympiques de Tokyo en 1964 et pour l’Exposition universelle d’Osaka de 1970.

Tout au long de sa carrière, il s'est abstenu de développer un style trop distinctif. Si deux de ses affiches étaient posées côte à côte, il ne voulait pas que l’on puisse déceler qu’elles provenaient du même coup de pinceau. Sa philosophie, de son propre aveu, est similaire au rôle joué par le « bakeyakusha », ou acteur fantôme, dans le théâtre japonais traditionnel, un acteur multi-rôles, qui porte différents masques tout au long de la pièce pour jouer les rôles de plusieurs personnages. Tanaka a vu de nombreux parallèles entre son rôle de concepteur et celui de cet acteur fantôme. Malgré cette volonté, il a tout de même développé un style incontournable, indubitablement, mais l’on peut dire qu’il a porté de nombreux masques de design tout au long de sa carrière, ou aucun, question de point de vue. Il a su jouer le caméléon.

Son travail est unique à chaque période de sa vie et est intemporel. Son contrôle de la couleur, de la calligraphie, de la forme, de la composition…
Il s’est expliqué quelques fois sur son approche: “L'affiche est, bien sûr, une surface plane bidimensionnelle utilisant du papier comme support. Son message est présenté comme une essence concentrée à partir de laquelle toutes les superfluités ont été coupées, à la manière de courtes formes d'alphabétisation japonaises telles que le haïku et le tanka. La concentration simple, concise et symbolique, qui est l'essence de l'affiche, a beaucoup en commun avec l'approche symbolique sous-jacente aux emblèmes familiaux japonais, qui ont atteint leur apogée de sophistication pendant la période Edo. En outre, les affiches peuvent être associées au goût japonais et à une tradition spécifique de l'histoire de l'art japonais, dans la mesure où elles sont des images décoratives conçues pour orner les murs.
Les affiches japonaises diffèrent considérablement de celles d'Europe, en particulier d'Europe de l'Est, en ce qui concerne la façon dont elles transmettent les informations. Des images telles que certaines parties du corps et le sang ne s’y retrouvent presque jamais. Les concepteurs d'affiches japonaises ont tendance à éviter le réalisme: pour créer un fort impact, ils sont plus susceptibles d'avoir recours à la beauté représentée par le concept de kirei (sorte de conception de la beauté immaculée) plutôt qu'à des situations cruelles et violentes.” “La conception des emballages japonais m'a toujours semblé excessive et beaucoup trop décorative. Ce n'est pas vraiment ça le design. Pour moi, le design consiste à ajouter des couleurs et des motifs à une forme donnée, et je pense donc que cette qualité de base du design est mal comprise. Le design devrait rester plus étroitement lié à la fonction. Même un manque total de décoration peut, à condition d'être étayé par la nécessité, constituer un exemple exceptionnel de design. En cette ère de suremballage, de motifs et de coloration, j'estime que l'absence de motifs et de couleurs est susceptible de créer l'effet le plus frais et le plus immédiat.”

On peut citer parmis ses principaux clients Issey Miyake, qui continue de lui rendre hommage, avec lequel il chercha à aborder l’œuvre sous un autre angle, une fois que le vêtement prend vie en étant porté. On pouvait d’ailleurs admirer nombre de ces créations au Musée des Arts Décoratifs à Paris, lors de l’exposition « Japon-Japonismes» l’an dernier. On peut citer aussi Hanae Mori, dans la liste des designers de mode japonais avec lesquels il a collaboré. C’est d’ailleurs lui qui a pensé le fameux logo (papillon): “Quand je travaillais sur la conception du papillon pour Mori Hanae, j'ai commencé à réfléchir à la façon dont Kandinsky l'aurait représenté. J'ai décidé de dessiner leurs courbes naturelles en lignes droites. Il n'y avait pas de véritable logique derrière le lien entre Mori Hanae et Kandinsky qui m'a donné l'inspiration improbable pour ce design particulier. » Par-delà les frontières, Ferragamo, dans d’autres domaines, des monstres tels Mazda ou encore Shiseido. Il a aussi été nommé directeur artistique du groupe Seibu (grands magasins nippons) en 1975, qui est l’une des sociétés japonaises les plus importantes à l’époque (Seibu Department Store, Théâtre Seibu, Seiyu, Sezon Museum of Art, et plus tard Muji, qu’il a pensé artistiquement).

Son œuvre a été récompensée à maintes reprises et il a fait (et fera encore) l’objet de nombreuses expositions à travers le monde, tant son rôle est important dans le rayonnement du graphisme japonais à travers le monde, mais il s’éteint malheureusement en 2002, laissant un merveilleux héritage derrière lui.



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Posté le 25/06/2020 par Thomas ROBERT Art 0 910

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