Hayao Miyazaki : L’histoire d’une légende.

Hayao Miyazaki : L’histoire d’une légende.



Hayao Miyazaki : L’histoire d’une légende.



Le producteur Toshio Suzuki, du Studio Ghibli, a récemment déclaré que Kimi-Tachi wa Dō Ikiru ka (How Do You Live?), le dernier film d’animation réalisé par l’incontournable Hayao Miyazaki, devrait sortir d’ici 3 ans. De son propre aveu, il dit avoir eu des doutes quant au retour du réalisateur après sa retraite annoncée. Nombre de réalisateurs continuent sans relâche à produire des films malgré le poids du temps, de plus en plus oppressant. Quand Miyazaki est revenu vers lui pour faire un film, Suzuki ne l’a pas vu d’un bon œil. Il a en effet déjà tellement accompli. Comment faire un bond en arrière et remettre la main à la pâte avec énergie? Comment réussir à proposer quelque chose de différent et pas du “déjà vu”? Les deux se sont mis autour d’une table et y ont réfléchi. L’une des idées née de cette réflexion et qui les guide ce jour dans cette nouvelle réalisation, fut de mettre plus d’argent (facile nous direz-vous) et de temps dans cette nouvelle aventure. Ça promet!

Le film en cours de développement est une grande histoire fantastique - pour changer - entièrement dessinée à la main, image par image. Un travail titanesque auquel 60 animateurs prennent part pour une productivité de.... 12 minutes de film par an. La moitié serait déjà prête. De nombreux fans bouillonnent d’impatience de par le monde. Les récents événements n’auraient pas entravé l’avancement du film l, selon les studios.

Revenons sur la vie de l’immortel que l’on considère comme le pendant de Walt Disney dans l’animation, version japonaise.

Malgré cela, sa carrière de réalisateur décolle avec ce premier film. Il n’hésitera pas à s’essayer à plusieurs registres, tant dans le genre policier que dans le drame ou la comédie. Il réalise aussi un triptyque autobiographique burlesque traitant de sa vie: Le premier opus, « Glory to the Filmmaker! », traite de sa facette de metteur en scène ; le second, « Achille et la Tortue », de sa vie de peintre ; le dernier se penche sur son talent incontournable pour l’animation à la télévision, qui l’a élevé au rang de star et prendra le nom de « Takeshis’ ».

Hayao Miyazaki est né à Tokyo le 5 janvier 1941, quelques mois seulement avant le début de la guerre contre les États-Unis. Son père et son oncle possédaient une usine - Miyazaki Airplanes - qui produisait des pièces utilisées dans les avions de combat A6M Zero de Mitsubishi, offrant à la famille un niveau de vie aisé, alors que le pays commençait à rationner la nourriture et d'autres ressources. Un incident allait alors marquer le jeune Miyazaki à vie. Alors qu’il fuyait les bombardements américains de la capitale en voiture avec sa famille (plutôt un privilège à l’époque), une mère tenant à bout de bras un bébé sur le bas-côté a supplié d'être embarquée dans leur fuite. Le père et l'oncle de Miyazaki refusent, au prétexte de ne pas avoir assez de place et la laissent là. Miyazaki continue de ruminer à ce sujet à ce jour et est rongé par le remord: “J'aurais dû dire à mon père d'arrêter. Pourquoi ne l’ai-je pas fait ?” C’est cet enfant qui a fait naître chez Miyazaki plus tard des protagonistes qui ont le moral coûte que coûte, des enfants forts, matures, réfléchis et résistants à toute épreuve. Sa mère aussi, a eu une grande influence dans son art. Elle a été une figure forte et très importante dans sa vie. Très courageuse et intelligente, elle a très tôt ouvert les yeux de son fils sur le monde de la politique et l’a formé au débat intellectuel. Il voyait en elle une mère, certes, mais pas nécessairement quelqu'un qui allait prendre soin de lui ou lui faire la popote. Il la voyait d’avantage comme quelqu'un de plus âgé, avec qui se confronter d’égal à égal, comme une personne de laquelle il pouvait apprendre. Aussi, les personnages féminins de Miyazaki sont forts et complexes, du capitaine Dola dans «Le Château dans le ciel» à Lady Eboshi dans «Princesse Mononoke». “Les femmes effacées, attentives aux demandes des hommes, ce n'est bon ni pour la société, ni pour les femmes, ni pour les hommes.”, a-t-il d’ailleurs dit un jour.

Réalisateur, producteur de film d’animation et conteur de renom, Miyazaki ne se destinait pourtant pas à tant de poésie durant les prémices de sa vie. Il a commencé sa vie professionnelle en se plongeant dans l’entreprise familiale. Mais, à 17ans, il s'intéresse déjà à l'animation, subjugué par la première production japonaise, le long métrage couleur de Toei Animation, “Hakujaden”. Celui-ci aurait réveillé la fibre de Miyazaki pour l’animation. Après avoir obtenu son diplôme de l'Université Gakushuin, il a décidé d’embrasser son amour pour cet art en postulant avec succès chez Toei Animation, où il a appris les bases de l'animation et a commencé à gravir les échelons, son talent rayonnant rapidement. Toei Animation était tellement impressionné par ses œuvres qu’il fut vite promu au rang de directeur artistique de l'animation. Miyazaki a sorti son premier en collaboration avec Tasui Otsuka et Isao Takahata, “Horus, prince du Soleil”, en 1968.

Dans les années 70, Miyazaki, vite repéré, est passé de studio en studio, allant de A Pro à Zuiyo Pictures, et devenant peu à peu une référence dans l'industrie de l'animation. En 1984, avec Tokma Production, Miyzaki sort “Nausicaä de la Vallée du Vent”. Le film ne fut pas un carton au box-Office, mais fut tout de même acclamé par la critique et remplit les salles pendant de longues semaines. Désireux d’aller plus loin, Miyazaki décida alors de fonder le Studio Ghibli l, pour gérer lui-même ses réalisations. C'est là que va prendre forme son incroyable succès et qu’il va produire nombre de films primés partout dans le monde, parmi les plus réussis de l’histoire du septième art japonais dans son ensemble, s’imposant malgré lui comme l’égal de Walt Disney. Il reçoit même un Lion d'Or pour l'ensemble de sa carrière au Festival de Venise, en septembre 2005. Il est le réalisateur d’animés le plus célèbre du Japon et même l’un des personnages vivants les plus influents et reconnaissables du pays, et de loin. Les réalisateurs de films d’animation et cinéastes du monde entier reconnaissent volontiers son influence et ses talents ont même été décrits par les fans comme de l’ordre du “divin” parfois. À l’aube de l’année 1989, alors que le Japon entrait dans l'ère Heisei, avec le début du règne de l'empereur Akihito - le lendemain de la mort de son père et prédécesseur l'empereur Hirohito - qui allait prendre fin avec son abdication en 2019, la trajectoire empruntée par Miyazaki était tout sauf certaine. Son dernier film de l'ère Showa (l’ère précédente), «Mon voisin Totoro» (1988) est considéré comme un film culte aujourd’hui, mais était loin d’avoir fait un carton au box-office. Même constat pour "Le Château dans le ciel" (1986). Avec ces succès en demi teinte, il n'était pas certain que le studio Ghibli, dont il est le cofondateur, allait emprunter la voix de la gloire. Ce qui va sauver la mise et faire décoller le studio, c’est une jeune fille enfourchant un balai, comme par enchantement. "Kiki la petite sorcière", adapté du roman d'Eiko Kadono, relate de l’aventure d’une jeune sorcière qui quitte sa maison isolée, pour goûter à la folie et au joies d’une grande ville. Elle apprend pas à pas à s’y mouvoir et à être indépendante. Ce fut un succès retentissant et le film affichant les plus gros bénéfices au Japon en 1989. C’est le début d’un festival. Dès lors, chacun des films du réalisateur, parmi lesquels des chefs d’œuvre aux succès critiques et financiers internationaux, comme «Princesse Mononoke» (1997), «Le Voyage de Chihiro» (2001), «Ponyo sur la falaise» (2008) et «Le vent se lève» (2013), vont faire de lui une célébrité et une sommité du cinéma, tant dans l’archipel que par-delà les frontières.

Avant d’influencer lui-même des générations de créateurs de films d’animation et de faire rayonner l’anime japonais à travers le monde, Miyazaki dit avoir été extrêmement influencé lui-même par l’une des rencontres qui a boulversé sa vie, celle avec le réalisateur Isao Takahata, son ami, avec lequel il a beaucoup collaboré, décédé en avril 2018. Celui-ci a, après sa mère, imprégné Miyazaki d'une profonde passion pour l'activisme politique et les questions environnementales. Au détour d’un voyage en Suède ensemble, Miyazaki s’est épris d’une folle fascination pour les paysages européens. L’inspiration qu’ils allaient y puiser allait donner le chef-d’œuvre “Nausicaä de la vallée du vent", réalisé par Miyazaki et produit par Takahata, diffusé par Studio Ghibli en 1985. C’était également la première d’une longue série de collaborations avec le compositeur Joe Hisaishi, qui a ponctué tous ses films depuis.

Un autre personnage clé dans la fondation de Ghibli fur Toshio Suzuki, rédacteur en chef d’un magazine à l’époque de la fondation du studio. Suzuki, producteur, a aussi pris les rênes du marketing du studio. Malin, il réussit l’un de ses plus gros coups en signant un accord en 1996 avec Disney, pour la distribution internationale des films Ghibli. Cela marquera le début d’une gloire sans frontières. L'accord n'était cependant pas sans failles. Lorsque Miramax, propriété de Disney à l'époque, a suggéré de raccourcir l’interminable "Princesse Mononoke" (134 minutes) pour sa sortie aux US, Ghibli a envoyé au studio de Miramax une épée de samouraï avec un message attaché: "Pas de coupures". Welcome to Japan. C'est le film suivant, «Le Voyage de Chihiro», qui a définitivement installé Miyazaki sur le trône de l’animation mondiale, une - autre - histoire d'un enfant résilient. C’est d’ailleurs devenu le film le plus rentable de tous les temps au Japon (record maintenu à ce jour) et il a remporté l'Oscar du meilleur long métrage d'animation. Fait intéressant, Miyazaki a décidé de ne pas se rendre aux États-Unis pour recevoir le prix, en signe de protestation politique, car il était un fervent protestataire contre la guerre en Irak, voulue par les américains qui, par un jeu de coalitions, y entraînaient le Japon, certes de manière assez limitée, mais toujours bien trop pour Miyazaki, pacifiste. En effet, Miyazaki a usé de son influence et de son rayonnement pour s'impliquer dans les affaires politiques, réprimant souvent publiquement les tentatives de révision de la Constitution pacifiste. Une chose est certaine, du haut de ses 79 ans, il n’est pas prêt de s’arrêter et va continuer d’en influencer plus d’un, par son art et ses idées.

Une belle citation de lui est: “On meurt tous un jour. Tôt ou tard, c'est la seule différence”. Souhaitons-lui et souhaitons-nous qu’il lui reste encore de beaux jours à vivre.

Une grande partie du répertoire du Studio Ghibli a été diffusée en streaming sur Netflix à partir de janvier, puis progressivement jusqu’à avril. Une bonne occasion pour découvrir ou redécouvrir "Le Voyage de Chihiro", "Princesse Mononoké" ou "Le Château dans le ciel". Longtemps réticent à ce modus operandi, le studio a fini par céder, sous la pression des fans et de la modernité. Profitons-en!



Le Château dans le Ciel (1986)



Mon Voisin Totoro (1988)



Le Tombeau des lucioles (1988)



Kiki la Petite Sorcière (1989)



Porco Rosso (1992)



Princesse Mononoké (1997)



Le voyage de Chihiro (2001)



Le Château Ambulant (2004)

Posté le 24/05/2020 par Thomas ROBERT Art 0 144

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