CHAPITRE 1 : 50’S - 70’S | UNE HISTOIRE DE LA CULTURE ET DE LA MODE DANS LES  RUES DE TOKYO.

CHAPITRE 1 : 50’S - 70’S | UNE HISTOIRE DE LA CULTURE ET DE LA MODE DANS LES RUES DE TOKYO.



CHAPITRE 1 : 50’S - 70’S



Pourquoi cette histoire en chapitres?

Parce que nous croyons au pouvoir de la rue et celle-ci se raconte.

Blogueurs, stylistes ou simples passionnés de style, ils sont devenus les stars du petit théâtre de la rue, en marge des défilés.

Le street-style, devenu une véritable référence dans le monde de la mode et même une source d’inspiration inépuisable pour les passionnés, prend chaque saison d’avantage d’essor. La rue et la mode sont éternellement liées.

Les rues de Shibuya, Harajuku ou Shinjuku regorgent de styles avisés, parfois décalés, se jouant de tous les codes et diktats de la mode. C’est pour nous un émerveillement perpétuel.

Le style de rue a toujours existé. Ce n’est cependant que depuis le milieu des années 50 que son importance a été reconnue, valorisée et imitée. C’est la créativité même des gens qui s’exprime, infusée d’un grand nombre d’informations, venant de la musique, de la culture, du sport, de la mode elle-même, etc.

D’un point de vue historique, le Japon est à part, notamment de ce point de vue.

Vers la fin des années 1940, avec la fin de la Deuxième Guerre mondiale et une forte présence américaine sur le territoire, la société japonaise s’occidentalise. Les femmes se débarrassèrent des pantalons monpe (pantalons larges à motifs, utilisés dans les travaux manuels) qu’elles avaient été contraintes de porter pour les travaux liés à la guerre et commencèrent à porter des jupes. Les hommes aussi abandonnent les noragis et le boro disparaît, vêtements et tissus traditionnels en toile de coton teint en indigo la plupart du temps (articles à venir à ce sujet). Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, les japonais avaient honte de leurs tissus boro, symboles de pauvreté, et s’en sont souvent débarrassé. Une passion se développe alors dans une partie de la population, pour ce qui était communément appelé « l’American Style », caractérisé par exemple chez les femmes par de longues jupes évasées en bas, à la taille étroite et une large ceinture. La mode française aussi, commença à susciter de l’engouement, notamment les couturiers comme Dior. Ce New Look se répand de plus en plus, surtout dans les années 1950, ou seul le cinéma permettait de voyager et d’avoir une vision des coutumes et des modes par–delà les frontières. Les films européens et américains inondent les affiches au Japon et donnent un point de vue des modes de vie occidentaux.

Les japonais s’en inspirent, mais c’est aussi par leur propre cinéma que les tenues vestimentaires changent, surtout dans les rues de Tokyo. Après la sortie au milieu des années 50 de la « Saison du soleil » (« Taiyo no kistetsu »), tiré d’un roman de Ishihara Shintaro, les chemises hawaïennes fleuries aux explosions de couleurs, les T-shirts en coton ou encore les lunettes de soleil ou les shorts de femmes à motifs hauts en couleurs, fleurirent dans les rues. Par mimétisme avec les personnages du film, c’est ainsi qu’est née « la tribu du soleil » (« Taiyo-zoku »), surnom des personnages du film et les adeptes de leur style dans les rues.



Taiyo-zoku



La seconde moitié des années 1960, marque la naissance de « l’époque dorée », d’une révolution sociale et culturelle à tous les niveaux, celle d’une opposition de la jeunesse aux générations précédentes, encore inconnue au Japon, qui est très respectueux de ses aînés. C’est la véritable naissance de la mode de rue à Tokyo, l’une des plus bouillonnantes de la planète. Avec le développement du prêt-à-porter (« puretaporute » en japonais), beaucoup plus accessible que la mode des podiums, des styles toujours plus décontractés se développent. Les mini-jupes par exemple, créées en 1965 par la Haute-Couture parisienne, furent un succès immédiat au Japon, certainement aidées par la venue en 1967 du mannequin anglais Twiggy, surnommée à l’époque « la reine de la mini-jupe ». Les jeunes puis les moins jeunes s’en emparent et se les arrachent.

Il y eut l’apparition du « Ivy style », qui voulait semble-t-il rendre hommage au style des étudiants américains grandes universités privées et très élitistes de la « Ivy League » et plus généralement celles des élites américaines. Ce style est lancé par un groupe d’étudiants appelé Miyuki-zoku (de la rue Miyuki, dans le quartier aux commerces haut de gamme de Ginza, à laquelle on ajoute le suffixe "Zoku" signifie sous-culture ou groupe social), un mélange de garçons et de filles, qui compta près de mille membres à son apogée. Ils quittaient leur uniformes d’écoliers après les cours, pour se changer dans des toilettes de bistrots. Au menu: des chemises Oxford, des vestes trois boutons colorées, à rayures ou à carreaux, toutes rigoureusement slim, et des mocassins, à la différence des employés de bureau traditionnels, qui avaient tendance à ne pas se séparer du gris foncé, ce qui leur valait le surnom de « dobunezumi-zoku » (« la tribu des rats de gouttière »).





Le nyutora (nouveau traditionnel) et de hamatora (Yokohama traditionnel) prennent ensuite le pas sur le « Ivy Style ». Le premier était souvent caractérisé par un chemisier uni porté sur une jupe mi-longue couvrant les genoux. Le second, moins strict et mature, se composait de les sweat-shirts portant l’enseigne de couturiers ou de marques moins luxueuses, souvent doublés d'un col intégré ou d’un polo.

Vers la fin des années 1970, la mode « surfer » devint populaire chez les jeunes.

Mais surtout, l’appartion du workwear et du denim, avec un essort fulgurant ! Petit à petit après la guerre, le jean est devenu un symbole de la rébellion de la jeunesse, débarqué avec les G.I. américains et la culture U.S., avec pour tête d’affiche James Dean, Marlon Brando et consorts. Le Chino aussi a fait son entrée par l’intermédiaire des militaires. Mais l’aspect trop rêche des toiles oblige les Japonais à inventer un procédé de lavage afin d’assouplir le tissu. Cette demande fait décoller la production de jeans à Kojima. En 1965 naît le premier jean denim 100% japonais sous la marque Canton(article à venir sur ce sujet). Les métiers à tisser traditionnels sont délaissés dans le monde au profit des métiers industriels. Les japonais, perpétuant la tradition du solide tissage de maître, s’emparent de beaucoup de métiers traditionnels, pour fabriquer de la toile de coton et du denim au grammage lourd et aux coutures à finition renforcée. C’est la naissance du « selvedge ». En effet, ces tissus bruts partagent beaucoup de points communs avec les kimonos, les japonais excellent, à tel point que leur denim sera petit à petit considéré comme le meilleur du monde. Les salopettes et les bleus de travail à l’aspect usé dès la sortie de l’usine font aussi leur apparition. Ce concept du vintage intégré dans le neuf restera pour toujours, tout comme l’idée d’un style confortable, peut-être dû au climat aussi, qui semble sans efforts.

En parallèle, à partir des années 70, et surtout dans les années 80, deux couturiers japonais se firent un nom sur la scène internationale, avec des créations bousculant les concepts de la mode occidentale, définis depuis longtemps par Paris. Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto créèrent une nouvelle ère, chacun à leur manière, avec leur premier défilé parisien en 1981. C’est aussi un renouveau dans le style au Japon.

La suite dans notre prochain article…



Posté le 09/10/2018 par Thomas ROBERT Articles 0 692

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