LIMI feu : La mode, une affaire de famille.

LIMI feu : La mode, une affaire de famille.



LIMI feu : La mode, une affaire de famille.



Limi Yamamoto a beau être la fille de son père, elle n’est pourtant pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche. Sa grand-mère, couturière, et son père, avec lesquels elle nourrit une relation fusionnelle, ne manquent pas un de ses défilés. Jamais d’effusions en public, mais une fois à l’abri des regards et le gratin parti, père et fille se retrouvent systématiquement - paraît-il - dans la pénombre, complices, pour fumer et débriefer. Mais tout n’a pas toujours été si rose.

Limi, de son propre aveu, est une éternelle révoltée. Née en 1974 au Japon, ses parents divorcent à l’entame de sa troisième année et jusqu’à sa majorité, elle restera dans une petite ville de l’île de Kyushu, la plus méridionale des quatre îles principales du Japon. Elle ne voit pratiquement jamais son père, peut-être une fois tous les trois ans. Pas de rêves de podiums, elle est un peu paumée. Elle n’est pas tombée dans la marmite de la mode tôt, comme ce fut le cas pour nombre de créateurs: « J’ai été élevée par ma mère de façon très stricte, je me suis rebellée violemment. Je mettais ma vie en danger. Ma chance a été d’être une femme, j’ai échappé à la violence entre hommes. Sinon, j’aurais été assassinée. », avoue-t-elle. Son père confirme : « Si elle avait été un garçon, elle n’aurait pas vécu au-delà de 15 ans.». Une adolescence torturée et rebelle, dont elle tire toute sa force et sa fragilité. Elle garde un côté punk de cette adolescence où seul le noir l’habillait et les plateformes la chaussaient. Eternel fumeuse, le regard brumeux, des tatouages (assez rares au Japon en dehors de la culture Yakusa), des piercings… Elle a un profil assez atypique au Japon. Le déclic pour la mode viendra lors de sa dernière année au lycée, durant laquelle elle quitte le domicile maternel pour s’installer avec son père. Celui-ci l’emmène cette année-là avec lui à New York pour lui faire découvrir sa collection. C'était la première fois qu'elle voyait le travail de son père en chair et en os et la légende veut qu’elle ait fondu en larmes. C’est à ce moment que sa vie prend un tournant. Elle sait ce qu’elle veut en faire, alors qu’avant ce jour, elle avoue avoir été loin d'être à la mode et avoir toujours pensé que l’idée même de mise en valeur de soi était totalement « bidon » et « sans intérêt ». Son père lui suggère alors de s’inscrire à la prestigieuse école de mode Bunka Fukuso Gakuin, dont il est lui-même diplômé. Limi Yamamoto y découvre le plaisir de la création du vêtement et un inné talent. Elle débutera naturellement auprès de son paternel, comme modéliste, en 1996 pour la ligne Y's. Elle avoue dans une interview : « J’aurais pu faire ce métier jusqu’à la fin de mes jours. J’y prenais beaucoup de plaisir, cela me convenait parfaitement ». C’était sans compter sur son père, qui nourrissait d’autres projets pour elle que de lui faire « simplement » découper des patrons. « Il m’a plus obligée qu’aidée à devenir créatrice. », dit-elle. Son père décide en 2000 de lui donner sa chance et de lui faire une place toute sienne au sein de son empire. Elle a fait ses débuts à Tokyo à 24 ans avec la collection Y's bis Limi. Les designs semblaient reprendre tous les codes de Yohji et les traduire, les adapter, pour des femmes très jeunes, avec des prix un peu plus abordables que ceux de son père. En effet, elle dit elle-même: « Je ne peux toujours pas me remettre du prix des marques de créateurs... Les femmes actives célibataires normales ne peuvent pas dépenser autant pour les vêtements. ». Puis elle lance sa propre ligne à proprement parler en 2002 au Japon. Pourquoi ce nom LIMI feu? Deux raisons. Le hasard et l’amour commun qu’elle et son père nourrissent pour la France. Le nom « feu », jumelé à son prénom, aurait été choisi avec son père, ouvrant un dictionnaire français et pointant un mot au hasard. Séduite par ce que ce mot renferme, collant à cette énergie tourmentée et incontrôlable qui est sienne, Limi adopta ce nom.



Famille Yamamoto

La famille Yamamoto au complet.



Rapidement, les créations de Limi vont évoluer. Loin de singer la patte de son père qu’elle admire, elle va développer sa propre vision. Celui-ci qui a toujours cherché à définir et à redéfinir sa vision personnelle de la femme idéale, immaculée, nette et mystérieuse à la fois, romantique, laissant à peine entrevoir sa féminité et sa sexualité sous les plis volumineux de sa robe griffé Yohji Yamamoto.

Limi, au contraire, a activement essayé de tordre les normes contemporaines de la féminité japonaise pour qu’elles se plient à ses propres aspirations. Elle explore quelque chose de plus terre à terre, la réalité de la vie d’une femme japonaise qui vit et travaille, dans un monde rythmé par le travail et centré sur celui-ci. Elle dit elle-même : « Je suis une femme et je sais ce que ressentent les femmes. C'est ce que j'ai pour moi - mon père ne peut pas rivaliser avec ça. »

Elle touche progressivement tous les segments de la population, de l'adolescente à la grand-mère, utilisant des modèles exclusivement japonais, à contre-courant avec la mode de l’époque. Limi a même fait un défilé avec des adolescentes ne dépassant pas le mètre soixante, ce qui lui valut d’avoir l’étiquette d’ « amateur» dans la presse. Elle s’en défendit avec brio en rappelant qu’elle créait des vêtements réalistes, pour des femmes japonaises, répondant pour la plupart à ces critères physiques, alors pourquoi se mentir? Puis elle proposa aussi des mannequins de 30, 40, 50 ans. C’est la rue qui l’inspire. Cette femme cérébrale, fragile et provocante à la fois, sophistiquée et alternative, quel que soit son âge. Son style est comme teinté d’une révolte adolescente qui lui colle à la peau, avec des accents assez punks: bottes sanglées et pantalons larges sont à souvent à l'honneur, l’oversize, le déstructuré sont de mise, mais toujours d’une féminité affirmée et réaliste.

Elle attendit un peu avant de franchir les frontières du Japon. Elle éprouvait le besoin de satisfaire entièrement et convaincre la « travailleuse japonaise », qui selon elle est la consommatrice de mode la plus exigeante au monde.



Yohji et Limi

Yohji et Limi.



Ce temps arriva et elle fit son premier défilé à Paris en octobre 2007 et la sauce prendra tout de suite. Les couleurs prédominantes dans ses défilés sont le noir, le blanc et le gris, dans toutes leurs nuances. On se demande de qui elle tient, mais elle aime aussi jouer avec les couleurs flashy et les imprimés de temps à autres. « À la Yohji » elle aime travailler entourée de ses fidèles (collaborateurs et amies, qu’elle n’hésite d’ailleurs pas à faire défiler), par terre, le sol jonché de photos et croquis, le cendrier plein. On sent très bien l’inspiration tout droit venue des rues de Tokyo dans ses créations, mais c’est aussi de la tradition du Japon qu’elle se laisse bercer. Après avoir sauvagement rejeté cet héritage, elle s’en est passionnée, consciente de sa richesse et de l’intérêt que l’étranger y portait. « J’ai appris la fabrication des tissus, la technique des teintures, comment concevoir un kimono. J’ai reçu cet héritage comme une force. Cette beauté doit être transmise. », dit-elle. Comme son illustre paternel, elle sait rendre hommage aux périodes passées, elle joue avec les gros plis, les fronces et ces coupes fluides et amples, si caractéristiques des créateurs japonais, que l’on aime. Mais elle affectionne aussi les voiles, des formes plus féminines et ludique, des jupes plus courtes plissées pleines de volume, des hauts sans structure interminables mais qui dévoilent le corps en partie… C’est un peu un style d’artiste, bohème et punk, toujours gracieux. Un style qui embrasse une forme d’affirmation de soi, de la sexualité, mais tout en nuances. Avec Limi Feu l’histoire perdure, celle du style Yohji. Mais il évolue, il s’adapte et son interprétation ne subira pas non plus l’influence du temps. Il est dans l’air du temps et indémodable en même temps.



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Campagne LIMI feu pour les saisons Printemps/Éte 2020 et Automne/Hiver 2019



Posté le 09/03/2020 par Thomas ROBERT Créateurs, Marques 0 324

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