KENZO ou la persévérance d’un homme adepte de l’irrévérence

KENZO ou la persévérance d’un homme adepte de l’irrévérence



KENZO ou la persévérance d’un homme adepte de l’irrévérence



Kenzo est sans aucun doute la plus parisienne des maisons japonaises ou la plus japonaise des maisons parisiennes, question de point de vue. Certains tendent même à oublier que son fondateur et créateur emblématique, Kenzo Takada, demeure bel et bien un artiste venu du levant, le premier à s’être installé à Paris. Né le 27 février 1939 à Himeji au Japon, il s’installe à Paris en 1964 pour assister régulièrement aux défilés et créer un portefeuille riche dans ce petit milieu de la mode et de la Haute-Couture parisienne. Cela n’a pas été pour lui un long fleuve tranquille et s’il est aujourd’hui confortablement installé dans un hôtel particulier, c’est dans un hôtel pour étudiants sans le sou rue des Ecoles, puis une chambre de bonne rue de Clichy, sans douche et ni toilettes, que tout a commencé. Il vend quelques-uns de ses innombrables dessins à Courrèges ou Louis Ferraud, réussit à décrocher un stage de styliste chez Renoma, une célèbre marque de prêt-à-porter, puis grâce à un coup de crayon unique, sort de l’obscurité, après quelques années. Avec quelques associés, il fonde en 1969 sa première firme, sous le nom de Jungle Jap et ouvre une première boutique en 1970 dans la galerie Vivienne à Paris, toute parée de vert. Clin d’œil certain au Japon – son premier amour - dans la Jungle parisienne, où les fleuristes et les marchés colorés pullulent et sont une source d’inspiration intarissable pour lui, le nom n’a cependant pas tardé à faire polémique. La communauté japonaise américaine et française a vite perçu ce diminutif comme blessant, car couvent utilisé de manière péjorative. C’est ainsi que la marque prit le prénom de son leader naturel en 1971 : Kenzo. "Jungle" restera pour une de ses lignes pour femme par la suite. Chaque maison de haute couture à succès a un style propre. Kenzo a marqué et révolutionné profondément son temps et est à l'image de son fondateur Kenzo Takada. Elle se moquent des conventions de la haute couture et a toujours développé un style venu d'ailleurs - le Japon - et reflète l’obstination et le talent de son créateur. Un mélange de modernité et de romantisme, de notes d’art occidental et d'influences orientales, des imprimés prépondérants. Une mode colorée, ethnique, nomade, faite de coupes innovantes et de matières chatoyantes, de volants, de plis, de mélanges savamment étudiés du répertoire masculin et féminin. Une mode extravagante mais bien vivante, De la créativité, dont le plus grand nombre comprend la portée. Un style inspiré par le voyage. Le style Kenzo.



Boutique Jungle jap

Boutique Jungle Jap de la galerie Vivienne (1970).



La maison est vite devenue culte et le succès unanime, enchaînant les unes de magazine et les interviews à la télévision. Ce petit milieu si fermé, qui le faisait encore peu de temps avant rêver les yeux ouverts, a fini par l’associer à l’entière décennie. À l’instar de Dior pour les années 50 ou Saint-Laurent pour les années 60, les années 70 sont en effet celles de Kenzo, enchaînant les hommages et les récompenses.

Les années 80 ont appris à Kenzo à suivre d’avantage la tendance et à développer son côté plus business, contraint par le développement exponentiel de sa marque florissante et par l’air du temps. La créativité ne répond pas toujours à cette logique, mais il a su garder cette patte si particulière qui est la sienne, avec sagesse et un savoir-faire incomparable. Il développa alors des "lignes bis", plus abordables. Il fonde en 1986 la ligne Kenzo Jeans dédiée - comme son nom l’indique - au jean principalement, qui recèle nombre de pépites qui n’ont pas pris une ride aujourd’hui. Le Japon n’est jamais bien loin et le logo reprend la vague d’Hokusai. La jungle n’est jamais bien loin non plus et il fonde la ligne Kenzo Jungle, pour du prêt-à-porter haut en couleurs. Mais surtout, il a eu le flair de développer des parfums, en interne et non sous licence, ce qui lui a permis de rester en parfaite cohérence avec son image de marque et de maîtriser tous les aspects du business. Ce fut l’un des plus importants succès de la marque, Kenzo Parfum. C’est en 1988 que débute l’aventure dans le secteur de la parfumerie, avec un premier parfum pour homme signé Kenzo Parfum. D’innombrables succès que l’on connaît lui emboiteront le pas au fil du temps.



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Saisons Automne/Hiver 1986, 1994 et 1995 - Paris



En 1993, après trente années à distiller son style dans les rues de Paris et du monde entier, le fondateur décide de revendre sa marque Kenzo au puissant groupe de luxe LVMH. Il prendra sa retraite quelques années après, en 1999, avec un ultime défilé au Zénith de Paris, dans une grande fête, à l’image de sa carrière et de ses créations, entouré de ses innombrables amis et admirateurs. C’est un éternel épicurien et fêtard paraît-il.



Last Kenzo Show

Kenzo Takada au final du défilé Automne/Hiver 1998-99



Ce départ signera un nouveau tournant dans l'histoire exceptionnelle de la maison japonaise avec la création en 2001 d'une collection de bijoux et de montres en argent, inspirée de la flore, puis de la ligne Kenzo Maison, dans la plus pure tradition de la maison, avec des pièces bardés d’imprimés floraux notamment. Antonio Marras reprend les rênes artistiques de la maison en 2003 et donne savamment une nouvelle vie à l’esprit qui a toujours été le sien. Comme son prédécesseur, dont il s’inspire et qu’il admire, ses créations sont une ode au voyage et au métissage, elles sont teintées d'art et de nomadisme, et reprennent des codes indissociables de la maison, comme le « cousu main ». En 2011, ce ne sont autres que les créateurs d’Opening Ceremony qui reprennent le flambeau, Humberto Leon et Carol Lim. Les motifs règnent alors en maîtres, les coupes se font plus ajustées, les collaborations pleuvent avec des marques plus accessibles, ce qui n’est pas sans rappeler que la mode voulue par Kenzo Takada devait être avant tout accessible, pleine d’une furieuse joie de vivre et de couleurs vives.

Les enseignements de cet homme qui a marqué son temps sont nombreux, mais si l’on devait en garder quelques-uns et selon ses propres mots :

« Pour réussir, il faut avoir un but, un rêve et ne jamais rien lâcher. »

« La mode, c'est comme manger. Vous ne devriez pas vous en tenir toujours au même menu. »

« J’aime raconter des histoires.»



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Campagne KENZO par Hans Feurer - 1983

Posté le 29/02/2020 par Thomas ROBERT Créateurs, Marques 0 377

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